35km de plaisir, 7km dans le dur, 195m de délivrance : 4h02 de bonheur.
Pourquoi tant de mystère là dessus ? Pourquoi personne n'était au courant ?
Parce que je ne l'ai fait que pour moi, parce que ce n'est pas pour me vanter d'être Marathonien. Aussi parce que je n'étais pas sûr de mener le projet à bien, surtout au plan de l'entrainement.
Au final, une fois lancé les doutes s'en vont. On sais pas si on va finir ou pas, on ne se pose même pas la question. On enchaine les pas, au rythme habituel, un peu entravé par les coureurs à côté. Le moral est gonflé au Semi parce qu'on est serein, les petites douleurs habituelles des genoux sont complètement dissipées, on a grignoté petit à petit des places, jusqu'à dépasser les meneurs d'allures. Je ne les reverrais d'ailleurs qu'au 30ieme où je m'arrête au ravitaillement le temps d'enlever mon maillot à manche longues et de m'étirer un peu. Le premier objectif est totalement rempli, maintenant c'est que du bonus. Je suis dans des temps plus qu'honorables. Je continue en sentant monter la fatigue doucement jusqu'au 35ième. A partir de là, les pas commencent à être lourds et surtout le moral m'abandonne. Ou plutôt le bon moral m'abandonne. Je sais que je vais finir mais la difficulté de la tâche me fait abandonner toute ambition de chrono, alors que passer sous les 4h est encore très accessible. C'est là que je sens le poids de la solitude. On est dans le bois de boulogne, je sais que Sarah ne viendra plus me voir jusqu'à l'arrivée. Un "lièvre" ou un compagnon m'aurait ét d'un grand secours pour garder la motivation.
Puis reviens la ville, un clown m'encourage au bord de la route "allez Mathieu, on lâche pas, plus que 3000m". En réalité un peu plus, mais il a raison, ne pas lâcher. Ca fait depuis le 30ieme que j'ai, par moment, le slogan de Nike dans la tête
"Just Do It". Passe le 40ième, un signaleur nous fais signe de serrer à droite sous l'arche, 20m plus loin un coureur sur une civière, 5 secouristes de la Croix-Rouge à ses côtés. Je croiserai l'ambulance qui vient pour lui 300m plus loin. C'est à ce moment là que je reprends conscience que si mes jambes sont lourdes, c'est le cas de tous ceux qui m'entourent, le reste est bon, le coeur n'est pas affolé, pas d'épuisement autre que la fatigue musculaire. J'entends à côté de moi "on y est, plus que le rond-point, à gauche, c'est l'arrivée". Inconsciement je tends le cou pour le voir ce rond-point.
On retrouve le pavé parisien, les barrières qui retiennent les spectateurs qui, par leur simple présence, nous font pousser des ailes (merci d'ailleurs à tous ceux qui sont venu encourager sur le parcours). Je réaccélère le pas. Gauche - Droite, au loin, accessible, l'arche d'arrivée. On savait que c'était là , mais je ne l'imaginais pas. Je fini à 12-13km/h. Dernières photos officielles, je passe devant les photographes le sourire au lèvre, les pouces levés en remerciement à toute l'organisation, aux bénévoles, tout ceux là. Je franchis enfin la ligne, contenant une vague d'émotion énorme. Ca y est, je l'ai fait, je suis MARATHONIEN.
25 minutes plus tard, le temps de traverser la zone d'arrivée, de récuperer la médaille, une bouteille d'eau, et un peu d'énergie, je retrouve Sarah au meeting-point prévu. Elle sourie, et c'est elle qui court vers moi (de toutes manières comment aurais-je pu ?). Je retrouve ses bras, un bisous, et une deuxième vague d'émotion me submerge. Je la contiens à l'exception de deux larmes que je cacherais dans le col de Sarah.
Ca y est. On peut rentrer, se faire un petit Hipo (après une semaine de pates quasi non-stop). Un coup de fil de Lohique, les abominables escaliers du métro. L'aventure parisienne s'achevera en fin de journée ,après une petite sieste et un goûter avec Lolo, par un retour à Montpellier.
C'est fait, c'est que pour moi. Marathonien à jamais, moins d'un an après avoir découvert que la course à pieds c'est pas si horrible que ça. C'est la première fois que du simple running (pas du trail) m'a procuré autant de plaisir, à chaque foulée.
Merci.